mercredi 10 janvier 2018

Montagne d'Areng: voie "L'isard volant" TD


Souvent, quand on raconte que l'on gravit des parois verticales par des voies mixtes à dominance touffes d'herbe gelées (ou pas), on nous prend pour des éberlués, des poètes du piochons.
Et pourtant...
En y réfléchissant bien, je crois que c'est une des activités montagne que je préfère.
Contrairement aux idées reçues, le mixte touffu peut être technique, voire très technique et surtout être une grimpe moderne.
Allez, je devine déjà les sourires se dessiner sur certains visages de certains lecteurs et grimpeurs à la lecture de ces derniers mots: technique et moderne.
Et pourtant...
Il parait que le Dry est dans l'air du temps ou plus simplement que nous vivons dans l'ère du Dry.
Le Dry, à la montagne d'Areng par exemple, montagne reine dans les voies de mixte touffing dans les Pyrénées, on le pratique à tous les étages. Le coincement ou la pose des lames dans les fissures semi terreuses doivent être génétiquement inscris dans la gestuelle du grimpeur.
Comme en cascade de glace, la frappe des pioches doit être précise et efficace. D'ailleurs,  l'escalade sur les touffes d'herbe ressemble fortement à celle de la glace.
Parfois,il se peut que certains passages demandent à être passer les piolets au baudrier, les doigts dans les fissures,les pointes des crampons mordant les aspérités du caillou avec des possibilités d'être secondés par quelques pas d'artif renforcés par des friends ou à grands coups de pitons.
Ah oui, j'oubliais de vous dire: sur ce genre de terrain, il vaut mieux avoir un assortiment de ferraille pour évoluer plus sereinement.
Du Dry, du matos,un mixte d'une gestuelle escalade et cascade de glace, des topos avec des cotations en M quelque chose, de l'engagement moral et physique... pas technique et moderne la touffe d'herbe???

Ce dimanche donc, nous partons avec Jean Pierre retrouvé Henri et Karine du côté de cette fameuse montagne d'Areng.
Au menu du jour, une voie justement ouverte l'an dernier par nos compagnons du jour: L'isard volant.
Karine et Henri vont juste à côté pour taquiner les touffes de "La touffe m'étouffe".

Dans la nuit, il est tombé environ 20cm de neige, et, du coup, toutes les voies sont plâtrées. Cette neige rendra  problématique la pose des protections et la recherche de celles qui sont en place.

Devant " L'isard volant" .


Comme qui dirait qu'il va y avoir du boulot. Malgré les explications de Henri pour trouver la poignée de spits et le relais R1 sous la neige, mes recherches resteront parfois vaines et m'obligeront à un chouia d'engagement qui ne fera pas rire JP pour une fois. Dans la foulée, j'enchaine L1 et L2.





La suite est plus facile avec des pentes de neige à 45 / 50° sans difficultés techniques.
On retrouve Karine et Henri pour aller tous ensembles au sommet.

Karine sur les pentes finales


Summit pour tout le monde. JP qui a peur du noir, préfère nous devancer à la descente avant l'arrivée de la nuit.



Une belle ambiance montagne là haut...


....ainsi qu'à la cabane!!!


J'en profite pour remettre le topo de la Montagne d' Areng avec toutes ses voies d'escalade... ou plutôt dry touffing ( moderne quoi!!!)



lundi 8 janvier 2018

Mallos de Agüero: Voie "Hibernatus"





Vendredi dernier, on s'était calé avec Fabien, une journée alpi ou glace. Et puis comme les conditions ne sont pas au rendez vous ( la veille, il a plu jusqu'à 2500m), on se rabat sur une virée caillou.
Et pour trouver du caillou sec dans le secteur et pas trop loin, nous, nous avons Riglos, Pena Rueba et Agüero.
Pour changer un peu, nous prenons donc la direction des Mallos de Agüero avec son village au pied.
Je lui propose d'aller répéter une voie que j'ai ouverte avec Louis Stuyck et jean Pierre Rio en Janvier 2014.
Comme la voie est courte et que l'approche avoisine laborieusement 15 minutes, on se dit qu'en redescendant par l'autre côté, nous irons en faire une seconde selon la volonté du moment.

La ligne zigzague plutôt sur le côté gauche du grand mur de droite pour finir dans le dièdre tout là haut.


Lors de l'ouverture, on a tiré 3 grandes longueurs pour sortir la voie. Aujourd'hui, on fractionne le tout en 5 longueurs pour mieux gérer les tirages.

Notre L1: ça démarre par le franchissement d'une panzas pour ensuite grimper un petit mur et faire une traversée sur vire sur 7/8mètres pour faire relais sur 1 spit à compléter au pied d'une zone de faiblesse.(3spits en comptant celui du relais)


Notre L2: Elle remonte la zone de faiblesse, contourne un bombé par la droite puis revient sur la gauche en suivant une corniche. Relais à la sortie sur un spit à compléter. Après le bombé, on voit un spit sous un surplomb: ce dernier est le fruit d'une autre voie ( toujours ouverte par Jean Pierre accompagné de Robert) 3 spits avec celui du relais.



Notre L3: identique à celle de l'ouverture. La plus soutenue.



Notre L4: Elle consiste à remonter d'abord un mur ( 2 spits ) puis de grimper le dièdre pour en sortir par la gauche au niveau d'un arbuste. Lors de l'ouverture, nous étions passés par la droite.
Relais sur arbuste pour nous dans une zone où le rocher n'est pas top.


Notre L5: Après quelques mètres, nous sommes repartis sur la droite pour rejoindre la voie initiale et sortir au sommet.



Summit pour le Play Boy avec la Pena Rueba en fond de toile.


Le topo original fait par Jean Pierre


Il semblerait que la cotation dans son ensemble serait à revoir un chouia  à la baisse (dixit Fabien).
Au sommet, la pluie est aux portes du massif. Les quelques gouttes rebelles lors de notre descente auront eu raison de notre envie d'enchainer sur une deuxième voie.
Par défaut, on se replie donc sur des "tortillas" du bar local qui, ma foie, nous feront un grand bien et nous apporteront aussi, à leur manière, une grande satisfaction. Ooooooooolé!!!!

dimanche 24 décembre 2017

Candanchu / secteur Zapatilla: couloir Intermision 300m 75°

En alpi, c'est un peu le régime sec dans les coins: pas trop de conditions et une météo un peu capricieuse.
Alors en attendant, on skie un peu et je maintiens en grimpe, mon niveau de "kich" à la salle.
Et puis Louis aura la bonne idée d'aller trainer ses spatules du côté de Candanchu cette semaine et d'apercevoir une cordée dans un couloir qui domine les pistes.
Le rapport nous étant fait, on saute sur l'occaz pour dégainer les pioches.

L'approche est rapide et facile grâce à la proximité des pistes de ski et à la trace faite par nos prédécesseurs.
Du bas de la station, le couloir est très esthétique et présente une certaine raideur qui mettra le doute à  certain sur une éventuelle réussite.

Le couloir Intermision


 Au pied, le doute se dissipe vite et c'est un très joli boyau de neige et de ressauts en glace qui se dessine au dessus de nos têtes. Les conditions sont top et la banane aux lèvres égaye nos vilaines tronches.
La première partie est homogène dans son ensemble avec quelques petits ressauts qui agrémentent le voyage. La seconde est pourvue d'un mur plus raide ( mais pas très long) -d'où pend une corde fixe (?)- pour ensuite se coucher et finir tranquilou sur les crêtes.
Descente facile par derrière en rejoignant les pistes.









A la sortie, une vue pas dégueulasse.



Pour la petite balade prendre un jeu de friends et 2 ou 3 pitons. On trouve quelques spits dans la voie.

mardi 12 décembre 2017

Pena Rueba: sur les terres des dragons.

Les conditions d'alpi ou de glace s'étant dégradées et ne souhaitant pas faire du ski waterproof, nous sommes repassés momentanément -enfin j'espère - au mode caillou.
Le secteur de Riglos est en hiver notre valeur refuge, alors...
A notre arrivée, on constate que sur les bords du "rio" local  , une pellicule de glace est en train de prendre place et le vent secoue sans trop de ménagement le patrimoine arboré.
La caillante est au programme, alors rien de tel, que d'aller taquiner les dragons autochtones pour qu'ils nous réchauffent à coups de flammes.
A la Pena Rueba, j'y connais bien leur domaine pour l'avoir déjà parcouru plusieurs fois: "tierra de dragones."

Au pays des dragons.



Cependant, on ne comptait pas sur les dragons pour nous réchauffer et c'est avec une grande précaution que l'on fourguera deux doudounes chacun et des gants dans les sacs.
Il n'aurait pas fallu que le vent forcisse davantage entrainant un ressenti des températures à la baisse ou que la voie présente des difficultés supérieures, car souvent, les doigts étaient remplacés par des morceaux de bois rendant la précision du geste parfois aléatoire . Il fallait voir JP, pour le croire, au taquet complet dans le 6a de L1 avec les micro croutes.
Heureusement, la voie est super bien équipée, et cela,parfois, nous permit de jouer malgré nos extrémités insensibles.

La bonne chaleur du Sud




Les dragons nous laisseront passer et nous arriverons à la voiture juste avant l'arrivée de la pluie.





Pour anecdote, lors des beaux jours, il est possible de rencontrer plus d'une quinzaine de cordées entre l'éperon Gallego et Tierra dragones; aujourd'hui, nous étions seuls dans le massif.

jeudi 23 novembre 2017

" Et au milieu coule une rivière"

Surement influencé par ma dernière et récente lecture  du livre de Norman Maclean "Et au milieu coule une rivière", c'est l'image que j'ai eu en voyant ce couloir, scindant en deux parties pratiquement égales cette montagne du Val d'Arrius.
Jolie rivière à l'état solide, nous obligeant de troquer les cannes à pêche contre les piolets et les cuissardes contre des crampons.
Ce couloir, je l'ai remonté plusieurs fois, souvent en début de saison car le manque de neige, le rend plus intéressant techniquement.
Cette année, pas d'exception à la règle, et cette fois ci, j'irai avec Fabien, qui je sais, adore ce genre de parcours mixte.

Après environ 1h45 d'approche, nous voici donc à son pied. "Et au milieu coule une rivière" prend alors tout son sens. En bas, comme dans un estuaire, les eaux sont calmes, navigables et puis, en remontant vers la source,on s’aperçoit qu' elles perdent des dénivelées à coup de grands sauts parfois avec de grands remous, de grands fracas et comme souvent, au départ, la rivière est ru, prenant doucement vie, comme  ce couloir qui prend naissance sur ces pentes terminales de cette montagne du Val d'Arrius.


Le couloir démarre doucement pour se redresser  et aller buter dans son tiers sur un premier mur. Jusque là, la neige porte bien puis sous le ressaut elle est de type plutôt semoule, nous obligeant à un petit nettoyage pour trouver de quoi faire un relais et pouvoir ensuite passer.




La suite est composée de rampes entrecoupées de ressauts en mixte ou en glace.






Summit après environ 300m d'ascension



Descente facile par les pentes opposées qui ramènent au Val d'Arrius.
Si le couloir n'est pas très difficile techniquement ( D à ce jour), la problématique est la pose de la protection et la mise en place des relais par endroits en raison d'un caillou parfois compact et par manque de glace. Cela n'enlève rien ( bien au contraire) au caractère sauvage de la course.
Pour la balade, prendre un jeu de friends jusqu'au n°C2, un petit jeu de coinceurs et 3 ou 4 pitons variés ( broches à ce jour facultatives).
Mais dans le secteur, il n'y a pas que l'esthétisme du couloir qui fait que je traine mes fers là bas; il y a aussi autre chose, une belle présence envoutante avec des projets ...